Une bouteille de « china china » Brun, vers 1820-30 / An unusual bottle of « china china » liqueur, c. 1820-30

Voici une bouteille portant un sceau inhabituel, daté – ce qui permet de contraindre la date de fabrication. Le sceau est inhabituellement verbeux pour un sceau français. Il se lit :

C.de Brun [pour Claude Brun]

Inventeur [peut-être « du » ?]

China China

8 mars 1812 [le dernier chiffre est incertain mais semble bien être un « 2 »]

Voiron

 

This bottle bears an unusual, dated seal – which makes it possible to constrain the date of bottle-blowing. The seal is unusually wordy for a French seal. It reads:µ

C.de Brun [for Claude Brun]

Inventor [possibly of?]

China China

8 March 1812 [the last digit is unclear but seems to me to be a « 2 »]

Voiron [Voiron is a town in the Isère region, Eastern France]

 

china_brun_n°222_7

J’ai trouvé assez peu d’informations sur ce Claude Brun. Le site de Marie-Claude Delahaye, spécialiste de l’absinthe, fournit quelques informations sur ce personnage et ses boissons : « En 1808, Claude Brun invente le China-China, liqueur digestive à base d’écorces d’oranges amères, de plantes aromatiques et de fruits exotiques, qui va faire sa réputation. En 1810, il ajoute à ses différentes liqueurs la production d’absinthe. » (voir: http://absinthemuseum.auvers.over-blog.com/2014/12/decryptage-d-une-etiquette.html)

I found little information about Claude Brun. The website of Marie-Claude Delahaye, specialist in absinthe, however provides some information about Brun and his drinks: « In 1808, Claude Brun invented the China-China, a digestive liquor made from bitter orange peels, aromatic plants and exotic fruits, which will make his reputation. In 1810, he adds the production of absinthe to his various liqueurs ». (see http://absinthemuseum.auvers.over-blog.com/2014/12/decryptage-d-une-etiquette.html – in French)

 

La date fournie par Marie-Claude Delahaye pour l’invention du china china (1808) diffère de celle du sceau de la bouteille (1812) mais, pour ce qui nous concerne, ces 4 années ne font pas une grosse différence. En effet, la bouteille de ce post est de toute évidence postérieure au 1er Empire.

The date given by Marie-Claude Delahaye for the invention of ‘china china’ (1808) differs from that of the seal of the bottle (1812), but for our concern this four years interval makes virtually no difference. Indeed, the bottle of this post is obviously posterior to the French 1st Empire – which terminates in 1815.

 

La bouteille est haute de 29cm, soufflée dans un verre brun ambré et d’un modèle qui est une variante trapue de la bordelaise. La piqûre porte une marque de pontil coupante, en forme d’anneau (« disc pontil ») et la bague de col est relativement irrégulière.

The bottle is 29cm high, blown in amber brown glass and its shape appears to be a squat variant of the Bordeaux bottle. The push-up has a disc-shaped pontil scar (« disc pontil ») and the string rim is relatively irregular in shape.

 

L’absence de « boule au cul » suggère que la bouteille n’est pas postérieure à 1840 environ. Comme elle est aussi obligatoirement postérieure à 1812, cela nous donne un intervalle compris entre 1815 (environ) et 1840. C’est une période de « flottement » politique et normatif que j’ai déjà évoquée et où les bouteilles, de formes assez variables, devaient en théorie contenir un litre (décret du Consulat, en 1800) mais où bien peu d’entre elles contenaient plus que 93cl, contenance de l’ancienne pinte de Paris (fixée en 1735). En effet, notre bouteille contient 89 cl … Personnellement, je la daterais de 1820-30 et il me semble possible, d’après la couleur du verre, qu’elle soit une production de l’Est de la France (Vosges, Jura, Lyonnais ?) – sans certitude toutefois.

The lack of glass drop in the push-up suggests that the bottle is not posterior to about 1840. Since it is also obviously made after 1812 (date of the seal), this gives an interval comprised between 1815 (approximately) and 1840. In this period of relative political and normative instability, French bottles displayed variable (and usually non-normalized) shapes and were supposed to contain one liter (official decree of 1800), though very little of them actually contained more than 93cl, the old “Paris pint” (royal decree of 1735). Our bottle actually contains 89 cl … Personally, I would date it from 1820-30 and it seems likely, according to the color of the glass, that it could be a production of glasshouses in Eastern France (Vosges, Jura, Lyon?) – without certainty.

 

Cette bouteille témoigne en tout cas d’un instinct publicitaire assez développé de la part de Claude Brun. Le sceau contient bien plus d’informations qu’un sceau ordinaire et on peut le mettre en parallèle avec les étiquettes publiées par M.-Cl. Delahaye sur son site (voir ci-dessous) et qui vantent elles aussi les mérites de l’inventeur Brun. Il n’en reste pas moins que cette bouteille publicitaire Brun est la première que je vois, en près de 12 années de collection … je ne pense donc pas que Claude Brun en ait inondé le marché !

This bottle anyway suggests that Brun had a fairly developed commitment in business and advertising. The seal contains much more information than an ordinary French seal and can be compared with the wordy label published by M.-C. Delahaye on her website (see below), which also touts the merits of Claude Brun. Nevertheless, this china bottle is the first I see, in nearly 12 years of bottle-hunting and collection … Obviously, Claude Brun has not flooded the market with his promotional bottles.

 

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2 comments on “Une bouteille de « china china » Brun, vers 1820-30 / An unusual bottle of « china china » liqueur, c. 1820-30

  1. J’ai trouvé toujours sur le site de Bibliothèque Nationale de France « Gallica » dans le journal « l’Action Française » du 14 octobre 1930 un article sur cette liqueur qui précise que la formule définitive a été établie en 1812 par le pharmacien Claude Brun, grand botaniste…
    Un autre article dans une revue « le Panthéon de l’Industrie » nous donne la même date « Il a été créé à Voiron, en 1812, par le Sieur Claude Brun chimiste très distingué, fondateur de la première distillerie établie dans cette ville.
    Dans le Moniteur des marques de fabrique et de commerce année 1892 un procès pour contrefaçon, oppose les successeurs de la maison Brun à un dénommé Ferotin et Cie pour utilisation frauduleuse du nom China-China pour sa production de ce dernier, il est indiqué dans ce procès que le nom China-China a été donné par Mr Claude Brun en 1812.
    Enfin dans le Bulletin de la société archéologique, historique et artistique « le vieux papier » année 1967, voilà le texte intégral qui a été publié concernant le China-China, que je trouve assez drôle et je pense surement très romancé, quoique peut être vrai !
     » en 1812 c’est une belle étiquette (voit ton article Thierry qui là reproduit que tu as trouvé sur le site de Marie-Claude Delahaye) de Brun, pharmacien liquoriste de Voiron humoriste de surcroit qui aime draper sa marchandise de textes latins: « Balsanum Absinthü Triplicis », représentant deux officiers se désaltérant alors qu’une jeune déesse, en costume Marie-Louise tient un bouquet de fleurs et une corbeille de fruits; A gauche du texte « Breuvage prophylactique, parégorique et talismanique par l’inventeur du China-China », cette liqueur noire qu’on trouve encore. L’origine de cette recette fut un trait de génie si on en croie une légende dauphinoise.
    En l’absence de sa femme Brun qui recevait quelques amis, prenait quelques libertés avec sa cuisinière qui préparait le repas. « allons! Monsieur, ne China pas, ne China pas » et le maître de continuer à lutiner: « Si, si China- China »… Si bien que la compote d’oranges brûla et devint un noir caramel. Brun sauva la situation en versant dans la casserole quelques alcoolats divers et servit à ses invités sa dernière création: une chartreuse noire que ses amis par plaisanterie baptisèrent « China-China » ce breuvage eut un gros succès… Les officiers de la Grande armée en emportèrent en Russie, ce qui lui valut plus tard le qualificatif de: « Liqueur des grognards de la Bérézina ».
    De nombreux liquoristes l’adoptèrent en variant l’illustration. La plupart de ces étiquettes portent en sous titre, cette phrase en latin, qui aujourd’hui nous fait sourire. « Reserat spiricula culi », ce qui veut dire, je m’en excuse: « Elle desserre le trou… », vous traduirez « culi »! elle était, en effet éminemment digestive ».
    C’est donc encore une belle bouteille datant de la fin du règne de Napoléon Bonaparte, que tu nous présente Thierry, avec un très rare sceau, certainement vendu ou donné à des personnes privilégiés ou notables à cette époque.

  2. Gallica est décidément une mine de renseignements … Je ne l’utilise pas professionnellement parce que les sciences naturelles ont d’autres outils (commerciaux, malheureusement) et donc je n’y pense pas assez en préparant mes posts. Heureusement, Serge, tu t’en charges, pour notre bonheur à tous! L’histoire est savoureuse et très gauloise 😉

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