De robustes normandes! / Heavyweight bottles from Normandy (NW France)

Connues sous le nom de « pots de fleur », ces lourdes bouteilles normandes de la moitié du 18ème siècle étaient sans doute destinées à contenir du calvados ou du cidre … C’est du moins ce que disent tous les livres de référence mais il faut bien constater que l’on ne sait pas grand-chose de ces bouteilles normandes : ni où elles étaient soufflées, ni ce qu’elles devaient contenir.

Known as « flowerpots », these heavy bottles from Normandy (north-western France) date from the mid-18thC and probably contained calvados (an apple-derived brandy) or cider … This is the usual explanation found in most textbooks but as a matter of fact, little is known on these bottles. Nor where they were blown, nor their actual content.

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Les verreries de Normandie ne sont pas très bien étudiées mais elles étaient nombreuses si l’on se réfère à la carte récente tirée du très intéressant article de Catherine Losier (2012, pdf accessible dans la page biblio), compilant notamment les données antérieures de Jacqueline Bellanger. On note que la plupart des verreries normandes étaient situées le long de la Seine – ce qui est logique, pour en faciliter le transport fluvial, notamment vers les ports. En effet, ces bouteilles « pots de fleur » étaient exportées vers les colonies, comme le montre la figure 4 du même article de C. Losier : la bouteille de gauche a été retrouvée en Guadeloupe.

Glassworks in Normandy are poorly known but they were seemingly numerous according to the map below, taken from an interesting and recent paper by Catherine Losier (2012, pdf downloadable in the reference page). Most of these glassworks were scattered along the Seine River – which made the transportation of bottles easier, notably to the sea harbours. These flowerpots bottles were indeed exported to the French overseas colonies, as shown on the fig. 4 of Losier’s paper: the 1st bottle on the left was found in Guadeloupe.

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À quelle(s) boisson(s) étaient destinées ces bouteilles ? Leur poids important se justifie si elles devaient contenir une boisson sous pression, comme le cidre. En revanche, pour le calvados, il n’y a pas de raison valable de souffler de tels monstres, aussi robustes – et donc lourds à transporter. Peut-être servaient-elles aussi à d’autres boissons sous pression, comme le champagne ? Ce n’est pas ce que disent les livres mais on gagne parfois à sortir des sentiers battus …

Which was the content of these bottles? Their heavy weight would have made them convenient for a sparkling drink, as cider (which was/is actually produced in Normandy). Such a weight was on the contrary useless for a still Calvados brandy and was even counter-productive for overseas transportation. The hypothesis that these bottles were made to contain other sparkling wines, such as the prestigious champagne, cannot be ruled out – even though it’s not the currently accepted tenet …

Venons-en à quelques photos de deux de ces lourdes bouteilles normandes / Now some pictures of two of these heavyweight bottles from Normandy:

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La bouteille de gauche est la plus « petite », avec ses 27 cm de haut et ses 1030 grammes. Caractéristiques habituelles de ces bouteilles : fût en pot de fleur, long col, bague de col épaisse et trace de canne de soufflage au cul. Celle-ci penche et présente des irisations sur le fût.

The left-hand bottle is the « smallest »: its height is 27 cm and its weight is a comfortable 1030 grams. As usually with these bottles: flowerpot body, long neck, thick string rim and heavy blowpipe pontil scar. Leaning bottle with secondary iridescence to the belly.

Quant à deuxième de ces normandes, elle mesure 29 cm de haut pour 1280 grammes ! Même forme, évidemment, énorme bague de col et même trace de canne au cul. Pourrait être un peu plus récente que la première.

The second one is taller and heavier, with 29 cm in height and 1280 grams! Same shape, very sturdy string rim and blowpipe pontil scar. Might be somewhat younger than the first one.

2 comments on “De robustes normandes! / Heavyweight bottles from Normandy (NW France)

  1. Voici ce que j’ai trouvé sur le site de La Bibliothèque Nationale de France Gallica: « Annuaire des 5 département de Normandie » publié par l’association Normande 34ème année 1868.
    Ci-dessous quelques extraits bien intéressants.
    « Au XVIIIe Siècle, la partie de la Normandie qui forme aujourd’hui de département de la Seine Inférieure, la seule dont nous nous occuperons dans cette étude, comptait onze grosses verreries de verre à vitres et bouteilles et quatre petites verreries dans lesquelles se fabriquaient des verres à boire, carafes et autres menus ouvrages de verre blanc. »
    « Les grosses verreries étaient: la vieille verrerie de La Haie, Les Rontieux de Landel, et la verrerie de Neufmarché ou verrerie neuve, dans la forêt de Lyons; Le Lihut, Moncomble, et Le Hellet dans la forêt d’Eawy; Saint Martin Le Valdanois (aujourd’hui le Val d’Aulnoy), Varimpré et Le Cornet, dans les forêts du Comté d’Eu. Plusieurs de ces établissements remontaient au XIV et XVème Siècles. »
    « dans la forêt d’Eu une autre verrerie à bouteilles fut établie à la fin du Siècle à Sainte Catherine.
    « Outre les verres à vitres les grosses verreries fabriquaient aussi des bouteilles, avec cette différence, toutefois, que celles-ci n’étaient pas soufflées par des gentilshommes. »
    « au XIXème Siècle il n’existe plus qu’une verrerie à bouteilles établie à Graville, près du Havre, elle appartient à MM. Auzou et Cie, elle occupe 65 ouvriers, et produit annuellement, avec un four à 8 creusets environ 1450000 bouteilles, le combustible employé est le charbon de terre Anglais et Français, les produits de la verrerie de Graville peuvent être classés de pair avec ceux des meilleures verreries. Les bouteilles qui sortent de ses fourneaux sont recherchées par les brasseurs de la contrée pour leurs exportations aux colonies, parce qu’elles résistent parfaitement à la fermentation tout exceptionnelle que subit la bière pendant la traversée sous ces chaudes latitudes… »

    • Merci pour cet extrait, Serge! Je viens de terminer la lecture complète du papier de Catherine Losier et, d’après ses analyses chimiques des verreries des colonies françaises des Amériques, elle propose de distinguer deux groupes, qui proviendraient de deux régions de production en France: Bordeaux et Rouen … mais elle reconnaît que, faute de matériel de référence en provenance de verreries bordelaises ou normandes, il n’est pas possible de confirmer cette hypothèse. En tout cas, les verreries normandes doivent sortir de l’ombre! Et ton extrait y contribue …

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