Cognac, armagnac & c°

Trois bouteille plates ou flasques, de tailles très différentes, et sans doute destinées à contenir des eaux de vie et alcools, tels que cognac ou armagnac:

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La grande bouteille de gauche est une flasque haute de 32 cm, en verre ambré sombre. Trace de canne au cul et bague de col appliquée assez haut sur un col portant des marques d’étirement légèrement torses. Les deux côtés de la panse plate ont un aspect bosselé, fripé. Posée, la bouteille est penchée, asymétrique et elle n’est pas stable.

Ce type de bouteille est généralement attribué aux verreries du Sud de la France, et notamment à celle d’Arles, connue sous le nom de « Trinquetaille » (un quartier de la ville). La verrerie de Trinquetaille était, à sa fondation en 1782, un établissement moderne, « à la fois par le choix du combustible, le charbon pour l’essentiel, le lieu d’implantation, sur une carrière de sable, une production ciblée, la bouteillerie, une situation privilégiée au coeur d’un réseau de voies d’eau (canal du Midi, canal d’Arles à Sète) favorisant l’approvisionnement en matières premières. [= sable et soude de Camargue, nda]  » (Amouric et Foy, 1998, voir biblio). De fait, cette flasque trahit l’utilisation du charbon par sa couleur tout en témoignant encore d’un côté « artisanal » (panse fripée, col tors, etc.). De plus, elle est proche (forme et taille) du type de flasques effectivement produit par la verrerie de Trinquetaille:

bouteilles plates TrinquetailleFig tirée de Amouric et Foy, 1984 (voir biblio)

Enfin, une datation de la fin du 18ème siècle ou du début du 19ème est compatible à la fois avec l’activité éphémère des verreries arlésiennes (de 1782 à 1800 environ) et avec les caractéristiques déjà « semi-industrielles » de cette bouteille (couleur du verre, encolure), qui la distinguent des productions antérieures, typiquement 18ème.

La deuxième flasque, à droite sur la photo de groupe ci-dessus, est toute différente de la première: plus petite (hauteur 25 cm), elle est de verre pâle, vert bleuté. Renfoncement au cul, sans marque de canne ni de disque. La bague de col, de section triangulaire, est appliquée relativement bas sur un épais à ouvrant réduit. La bouteille est asymétrique, penchée et ne pose pas correctement (comme la précédente).

Cette flasque est plus difficile à dater et à situer géographiquement que la précédente. Le verre clair, bleuté, fait penser à une verrerie à bois, plus artisanale que celle de Trinquetaille, peut-être languedocienne. Mais il existait un très grand nombre de telles verreries, partout en France, au 18ème et encore au 19ème … difficile donc de préciser: je penche néanmoins pour une provenance méridionale et une datation du 19ème, malgré la bague de col de type « archaïque ».

Enfin, la troisième flasque est de très petite taille (hauteur un peu plus de 20 cm). Elle se caractérise par un goulot en tétine, permettant sans doute de boire directement « à la régalade ». Verre de couleur ambré, sombre – un peu moins foncé que la première bouteille mais ce peut être simplement du à la plus petite taille de la bouteille. Marque de disque au cul.

Sur la base de similitudes avec la première flasque (couleur du verre, section et type de piqûre) je serais assez tenté d’attribuer cette bouteille également à la verrerie de Trinquetaille, ou à une verrerie de la même région – elle est d’ailleurs d’une forme assez semblable à la bouteille du bas sur la figure 11 d’Amoury et Foy (1984, ci-dessus). Elle serait donc fin 18ème ou début 19ème également. À noter que Van den Bossche conclut aussi à une provenance arlésienne pour une bouteille plate également munie d’un col en tétine mais beaucoup plus grande (hauteur 26,5 cm contre 20 pour celle-ci; voir bouteille n°2 sur la planche 277A et B de Van den Bossche).

Rien n’indique avec certitude la destination de ces bouteilles plates: cependant, on peut probablement exclure le vin de garde dont les contenants habituels, à la fin du 18ème siècle, sont déjà bien fixés: il s’agit des bouteilles-type, frontignanes, bourguignonnes ou champenoises. L’hypothèse des alcools et eaux de vie (notamment armagnac, cognac et autres) est donc assez probable. Récipient de conservation, pour la plus grande illustrée ci-dessus, ou bouteille de voyage, pour la petite flasque à tétine.

2 comments on “Cognac, armagnac & c°

  1. Bonjour à tous
    Ces bouteilles pansues et plates sur les côtés sont assurément du sud de la france tant à l’est qu’à l’ouest et même au centre.
    Elles peuvent provenir comme il est dit, d’arles comme d’autres nombreuses verreries du sud dont la grésigne pour les verres bleu-vert.
    Concernant ces fameuses grésignes, un petit détail qui pourra vous intéresser pour la couleur :
    – à la lumière artificielle elle est d’un vert intense,
    – au passage à la lumière naturelle, le vert où vert-bleu passe très bien au bleu.
    Faites cette expériense si vous possédez où pensez détenir un verre de grésigne.
    Pour ce qui est du col, la langue de verre rapportée en forme de « V » dite également « méniscale » est nettement plus ancienne que l’autre type en forme de cordon.
    Pour la bouteille elle même, dans le sud-ouest , cette forme est celle de la bouteille d’armagnac. Elle a toujours cours actuellement.
    Un autre usage moins connu cette fois, c’est la gourde du mineur. Nombre de petites mines existaient dans ces régions du sud et du sud-est.
    Cette gourde était clissée très serré avec un cordon épais et très solide. Les mineurs y mettaient eau et vins etc….selon leurs coutumes.
    Je serai beaucoup plus réservé pour l’usage de cette forme de bouteille pour le du cognac. En effet,ce que j’en sais, la bouteille de cognac du 18° et début 19° ressemblait plus à une bordelaise en verre clair à section cônique (le plus petit diamètre se situant au cul de la bouteille). Ces flacons étaient protégés par une enveloppe en paille de blé cousue. Elles étaient d’abords soufflées à la volées puis une machine fut inventée pour en fabriquer en plus grand nombre, toujours de cette forme par le célèbre verrier claude Boucher. Cette machine porte son nom et est visible au musée de Cognac.
    Voilà ce que je peux vous en dire pour apporter un peu plus d’eau à notre moulin.
    Bien cordialement à tous.
    yvon guilloux

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